Les Falsificateurs

27 05 2007

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Antoine Bello. Gallimard, 2007, 501 p.

L’histoire : un jeune géographe est recruté sans le savoir par le CFR, Consortium de Falsification du Réel. Il s’agit d’une multinationale secrète qui crée des histoire(s) de toutes pièces, en introduisant de fausses données, de fausses sources, de fausses archives. A mesure que ce petit génie du mensonge prend goût au jeu, il découvre que personne à part le Comité exécutif du CFR ne connaît les véritables intentions de l’organisation. Dès lors, il n’a plus qu’un objectif : gravir les échelons afin de percer enfin les mystères du CFR.

Ce qui est agréable, lorsqu’on lit Antoine Bello, c’est de constater qu’il y a encore de jeunes auteurs Français qui savent écrire des histoires. Les Falsificateurs n’est peut-être pas le chef d’oeuvre du début de ce siècle mais il a le mérite de donner le change à une génération d’autofictionneux qui brodent sans cesse autour de leur nombril poilu et/ou crasseux. L’auteur aime raconter sans jamais sacrifier la clarté de l’expression à la stylisation à outrance.

Les Falsificateurs flirtent avec la théorie du complot, l’idée déjà répandue que l’actualité que nous connaissons ne nous parvient qu’après de multiples manipulations, et que la vérité se cache derrière des filtres opaques. L’on peut déplorer cependant que l’auteur n’aille pas jusqu’au bout de ses promesses en interrompant le roman avant d’avoir livré les réponses qu’attend le lecteur : Pourquoi inventer des peintres de la Renaissance qui n’ont jamais existé? Pourquoi faire croire à l’extinction d’une espèce de poisson qui n’a jamais vécu sur terre? A quoi bon créer de toutes pièces l’exode d’un village grec vers les Etats-Unis ? Il est quelque peu frustrant, voire énervant de lire « A suivre » à la fin de la dernière page, comme si les Falsificateurs n’étaient que le premier volet d’un dyptique ou d’une trilogie à venir (procédé connoté trop commercial à l’ère d’Harry Potter et des suites de best-sellers).

Extrait :

« Admettons qu’il vous prenne l’idée d’écrire un dossier sur John Fitzgerald Kennedy. Personnellement, je ne vous le conseillerais pas, tant d’agents ont revisité sa vie qu’elle n’est déjà pratiquement plus qu’une légende. Mais si vous y tenez absolument, choisissez un angle qui vous permette de balayer l’ensemble de sa carrière. Inventez-lui un trouble nerveux qui expliquerait à la fois sa pusillanimité lors du débarquemetn de la baie des Cochons et son sentiment d’impunité quand il s’attaqua à la mafia; ou décrivez comment son rapport compulsif au sexe trouve ses origines dans la façon dont sa mère lui donnait le bain. Surtout ne vous limitez pas à un seul épisode, à un seul jour, à une seule année, votre dossier survivrait à peine plus longtemps« . (p 71-72)


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