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Conseils pour se faire lire dans une maison d’édition

8 06 2007

Il paraît que 10 % de la population française a déjà écrit : une nouvelle, un roman ou un journal intime, nous sommes nombreux à être démangés de la plume. Très rares sont ceux qui envoient leurs textes dans une maison d’édition. Si vous vous apprêtez à franchir le pas néanmoins, voici quelques conseils pour que votre manuscrit ne finisse pas directement dans lapoubelle de votre prochain lecteur … (Ma légitimité : 3 mois de stage dans une maison d’édition).

Sur la présentation générale du « tapuscrit » :

- A faire :

Joindre une lettre de présentation avec vos coordonnées – ça paraît bête mais j’ai vu passer des textes « muets ». Se présenter brièvement (âge, profession, particularités). Résumer l’intrigue de l’œuvre, en l’illustrant éventuellement de quelques extraits. C’est bien si le texte est relié (anneaux, spirales ou colle), parce que des feuilles volantes, ça se glisse facilement hors du paquet et ça se perd. Et puis ça fait vraiment boulet, 500 pages de texte volantes … Ecrire clairement et lisiblement : si vous n’arrivez pas à expliquer en quelques lignes en quoi consiste votre ouvrage, ça augure mal pour la suite.

- A proscrire :

 

Se la péter dès l’introduction, en faisant sa quatrième de couv, avec un auto-éloge de la profondeur et de l’originalité de son texte. Expliquer comment, à l’âge de 4 ans et demi, vous avez compris que votre destin, c’était d’être écrivain. On s’en fout.

Sur l’œuvre, le style, l’histoire :

On peut classer les wannabe écrivains en deux catégories : ceux qui écrivent pour des lecteurs, et ceux qui écrivent pour eux-mêmes. Ces derniers ne devraient jamais être publiés. Par pitié, si vous vous appelez Janine, que vous êtes en plein divorce / ménopause / dépression et que vous avez des vergetures, allez plutôt voir un psy ! N’infligez pas au lecteur qui ne vous a rien fait le récit de votre vie triviale et ordinaire, qui n’intéressera même pas vos petits enfants. Ok, je suis un peu méchante, mais les ¾ des textes reçus sont des autobiographies de quidams qui promènent leur cellulite spirituelle en bandoulière en pensant qu’ils ont vécu des choses extraordinaires, et qui en fait sont d’une banalité à pleurer.

Si vraiment vous estimez que votre vie ou celle de votre grand-mère est unique, à partir du moment où elle n’est pas un personnage public, adoptez un certain point de vue, sélectionnez les épisodes vraiment marquants, qui donnent une cohérence à l’ensemble.

L’incipit est crucial, cela va de soi. Il faut donner envie au lecteur de poursuivre la lecture. Mais la fin est très importante aussi : une fin bâclée laisse une mauvaise impression, celle qu’on en avait marre et que voilà, on arrête là.

Il faut se renseigner un minimum lorsqu’on parle de réalités qu’on n’a pas vécues soi-même. Faire une enquête, se documenter, c’est le strict minimum si l’on ne veut pas paraître ridicule et cuistre. Certains s’improvisent spécialistes dans un domaine dont ils ne connaissent strictement rien, et assènent au lecteur des leçons de morale, d’histoire ou de politique tout à fait rébarbatives.

On ne le dira jamais assez : Un texte qui présente des fautes d’orthographe et de grammaire récurrentes est la preuve d’une insuffisante maîtrise de la langue, quel que soit le niveau d’expression choisi. Dans les fiches de lecture, on attribue également une note de « grammaire / orthographe », comme à l’école, eh oui.

Renoncez à la poésie : faites-vous une raison.

« Pourquoi certains écrivent-ils ? Parce qu’ils n’ont pas assez de caractère pour ne pas écrire »(Karl Kraus). Voici le top 3 du meilleur du pire de ce que j’ai pu lire :

- une méthode de régime foudroyante : Anorexia style. Principe : ne se nourrir que d’eau claire pendant deux semaines, en s’autorisant, tous les 4 jours, à un yaourt – mais attention, nature et 0 %, le yaourt !

- un jeune garçon de 18 ans qui a découvert l’histoire de
la Shoah en Terminale s’est improvisé spécialiste des camps de la mort. Il nous a fait une charmante petite histoire où une jeune juive, Gaëlle (très yiddish comme prénom, n’est-ce pas), tombe amoureuse d’un nazi SS (Ulrik), qui la sauve des chambres à gaz en l’hébergeant chez lui (c’est bien connu, les SS avaient des pied-à-terre à 10 minutes de Birkenau). Chabadabada, Gaëlle tombe amoureuse du méchant nazi qui n’est pas si méchant en fait et qui est tué en 1945 par les gentils américains pas si gentils (puisqu’ils tuent Ulrik). Quand elle sort des camps de concentration, elle retrouve son premier amour, Fritz ou Franz, qu’elle croyait mort et ils élèvent ensemble le fils qu’elle a eu avec le SS, Ulrik Jr.

- Un autre spécialiste de 20 ans, en philosophie cette fois, nous explique sur un ton péremptoire – alors qu’il a lu, au mieux, un résumé de la Métaphysique des Mœurs de Kant – qu’il a trouvé la solution pour bien vivre sa vie. Pour lui, c’est tout vu : ce sera le catholicisme, version fondamentaliste (avec messes en latin et fin de la mixité à l’école).


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7 réponses à “Conseils pour se faire lire dans une maison d’édition”

  1. 26 06 2007
    Jerome (13:43:52) :

    Oups, mon commentaire s’est perdu sur le mauvaise page.
    J’aime bien ton article “se faire lire”, c’est le lot quotidien des maisons d’édition, on le comprend bien. Le soucis, quand on présente une histoire non-autobiographique… Reste d’être lu, au moins ! Tes conseils sont bien utiles en ce sens. Merci

  2. 26 06 2007
    mariobergeron (19:16:10) :

    Vos conseils sont très réalistes ! Ayant baigné pendant quelques années dans la sphère du roman publié, je ne peux que déposer les armes devant vos argumenmts ! Lorsque je participais aux salons du livre du Québec, à chaque jour je rencontrais quelqu’un qui avait écrit un roman, un texte et, inévitablement, ils désiraient voir leur oeuvre publiée, avec eux à ma place et moi de l’autre côté. Poliment, je leur répondais que j’avais écrit 20 romans amateurs en autant d’années, avant même de songer à une publication. On ne s’impose pas écrivain ; on le devient à force de travail. Il n’y a pas de « talent naturel », mais des habiletés qui se développent avec le temps, les expériences, les erreurs, etc.

  3. 26 06 2007
    kasia (21:40:14) :

    Ca me rassure qu’il y ait encore des gens pour qui écrire est plus important qu’être édité . On dirait qu’aujourdhui, on devient écrivain à partir du moment où on a son nom sur la jacquette d’un ouvrage. Peu importe qu’on ait écrit de la merde ou ou un truc médiocre, du moment qu’il y a le bouquin entre les mains, ça donne une légitimité. surtout que la première chose qu’on écrit n’est généralement pas très bonne, un peu comme quelqu’un qui essaie une nouvelle recette : pas sûr qu’il réussisse du premier coup ! bon courage à vous en tous cas

  4. 27 06 2007
    mariobergeron (01:23:59) :

    Exact ! Je me souviens que vers la fin de cette triste aventure, quand je voyais arriver un « nouvel auteur » pour s’installer près de moi derrière le stand de mon éditeur lors d’un salon du livre, je devenais très ironique en jetant un oeil vers la responsable, lui disant des trucs du genre : « Tiens ! La reine du monde entier vient d’arriver! » La femme, qui exerçait ce métier depuis une dizaine d’années, trouvait mes remarques amusantes, puisqu’elle-même les partageait. Elle avait même surnommé un de ces auteurs « La sainte Trinité. »

  5. 5 08 2007
    Eric LEQUIEN-ESPOSTI (12:06:53) :

    Intéressant, oui, intéressant… Alors, je relaye en rubrique « Intéressant » de mon site ! Intéressant, non (rire) ?

    Eric (interessé)

  6. 24 07 2008
    Flo (15:49:20) :

    JE VEUX travailler dans une maison d’édition!! Qu’est-ce qu’on doit s’y marrer! Mais… Pourquoi renoncer à la poésie? Tu n’aurais pas un petit bêtisier à ajouter à ce post?

  7. 26 11 2009
    Un auteur (13:25:47) :

    Eh bien moi, j’ai une aventure peu commune à raconter.

    En 2007, j’ai envoyé un manuscrit au comité de lecture de nombreuses maisons d’édition.
    Je n’ai reçu que des refus ; un certain nombre d’éditeurs n’ont tout simplement pas répondu à cet envoi, parmi lesquels “Les Éditions du Bord-de-l’Eau”, sises dans le sud-ouest de la France.
    Quelle ne fut pas ma surprise de découvrir, quelque temps après, sur le blog de cet éditeur, un éloge de mon manuscrit par le directeur de la maison, M. Dominique-Emmanuel Blanchard :

    « J’ai noté que ça arrivait souvent comme ça : après des semaines d’indigences littéraires surgissent, deux, trois manuscrits qui m’enchantent.
    Hier c’était “Malateste”, aujourd’hui c’est “Apostrophe aux contemporains de ma mort”.
    Que l’on ne s’y trompe pas : il s’agit d’une œuvre réjouissante malgré son titre. À commencer par son style.
    L’ai-je assez déplorée cette pauvreté du style dans ce qui tombe dans la boîte postale et sur les messageries de BDL !
    Et voilà que coup sur coup le style renaît, ne cesse de renaître de ses cendres (je vous épargnerai le cliché du Phénix, enfin, presque).
    Voulez-vous un exemple de ce fameux style dont il m’arrive de rebattre les oreilles des incrédules ? Oui, n’est-ce pas ?
    Voici donc :
    “Ensuite je ne sais plus, j’ai un trou de mémoire. Je crois que les événements se sont précipités. Qu’on sache seulement que d’assis je me suis retrouvé couché sur le dos, qu’il n’était plus à côté de moi, mais sur moi, et que de paroles entre nous il ne pouvait être question, car il s’affairait à rendre la chose impossible à lui comme à moi.” »

    http://domi33.blogs.sudouest.com/archive/2007/12/20/deb-le-style-bordel.html

    Je n’ai jamais eu aucunes nouvelles de cet éditeur.

    (Heureusement j’ai trouvé il y a peu un autre éditeur, après … environ 160 refus).

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