La Montagne Magique

9 07 2007

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Roman écrit par Thomas Mann. Parution : 1924 (Der Zauberberg) (1926 pour la traduction). 1016 p.

Oui, c’est un pavé. Mais quand on aime, on ne compte pas, n’est-pas ? Avant tout il s’agit d’un des romans fondamentaux de la littérature allemande. L’histoire en est simple : le jeune Hans Castorp rend visite à son cousin, Joachim Ziemssen, dans le sanatorium alpin d’un village suisse où il est soigné. C’était l’époque où l’on envoyait les patients atteints de maladies respiratoires diverses en cure de repos, dans les montagnes – l’air est supposé plus pur en altitude, ou sur la côte d’Azur – les températures y étant plus chaleureuses. Initialement prévu pour trois semaines, le séjour de Hans Castorp dure sept années : il découvre en effet qu’il est lui-même gravement malade.

Tout hypocondriaque qu’il est, ça ne le dérange guère de rester. L’ambiance de la montagne est particulièrement envoûtante : à l’écart des hommes, Hans Castorp oublie les soucis « terrestres » et perd la notion du temps qui passe. Les personnages que Hans rencontre achèvent de le révéler à lui-même : il découvre l’amour grâce à Mme Chauchat et son éducation « spirituelle » est assurée par l’humaniste Settembrini. Il se laisse peu à peu enfermer dans un cocon rassurant et hermétique qu’il peine à quitter, quand bien même les gens meurent autour de lui. Le sanatorium est en effet une paisible antichambre de la mort, où l’on découvre le sens de la vie avant de la quitter. Les pensionnaires guérissent rarement et leurs départs ne sont que des absences temporaires : ils reviennent avant de mourir. Il y a un côté « maison Usher qui mange ses enfants » (cf. la nouvelle d’Edgar Allan Poe), qui se prêterait volontiers à une interprétation freudienne …

Mann a-t-il lu la Recherche du Temps perdu ? C’est une question que je me suis souvent posée en lisant la Montagne magique. On y retrouve un certain nombre de thèmes chers à Proust, comme la définition du Temps et des lois de l’Amour, toujours sur le mode déceptif (on n’aime vraiment que les êtres de fuite, ceux qui nous échappent). La structure chronologique est similaire : l’action est diluée sur une très longue durée, avec de longs passages descriptifs et une palette de personnages secondaires savamment croqués. Ecrit dans une langue très belle et riche (difficile à lire en VO), c’est un livre contemplatif qui peut cependant rebuter les lecteurs les plus impatients.

Extrait : p 770

Le docteur Behrens rassure la mère de Joachim, qui est train de mourir en des termes empruntés à la philosophie d’Epicure : la mort de son fils sera douce et tranquille

« Cela me fait plaisir, cela me fait infiniment plaisir que cela prenne un cours cordial, si je puis dire, et qu’il n’ait pas besoin d’attendre l’œdème de la langue et d’autres vilaines choses. […] Il dormira beaucoup en dernier lieu et fera des rêves agréables, c’est ce que je crois pouvoir vous promettre, et si, en tout dernier lieu, il ne devait pas justement dormir, il aura quand même un trépas court et sans douleurs, ça lui sera égal, croyez-m’en. Au fond, il en est presque toujours ainsi. Je connais la mort, je suis un de ses vieux employés ; croyez-moi, on la surestime. Je puis vous le dire : ce n’est presque rien du tout. Car tout ce qui, dans certaines circonstances, précède cet instant en fait de tracasseries, on ne peut pas très bien considérer que cela fait partie de la mort ; c’est tout ce qu’il y a de plus vivant et qui peut conduire à la vie et à la guérison. Mais de la mort, personne qui en reviendrait ne saurait rien vous dire qui en vaille la peine, car on ne la vit pas. Nous sortons des ténèbres et nous rentrons dans les ténèbres. Entre ces deux instants il y a des choses vécues, mais nous ne vivons ni le commencement ni la fin, ni la naissance ni la mort, elles n’ont pas de caractère subjectif, en tant qu’événements elles ne relèvent que du domaine de l’objectif. Voilà ce qu’il en est. »


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2 réponses à “La Montagne Magique”

  1. 23 03 2008
    Aurelia (02:31:58) :

    Mann/Proust. Diantre, je n’y avais pas pensé. La Montagne magique (mes souvenirs commencent à dater donc tu excuseras l’à peu près de mes propos) s’étend certes sur une longue période (7 ans ça reste raisonnable) et retrace le chemin d’un homme Castorp en prise avec lui-même, ses sentiments et qui a la fin rejoint le monde (la guerre) et donc passe à l’action après la réflexion un peu émolliante dans cet univers à part qu’est le sanatorium. Proust ou plutôt Marcel, lui, est en plein dans cette action, cette frivolité que le jeune Hans a fuies. ll en est le témoin parfois un peu effacé et jamais le héros (Albertine disparue peut-être). Sa plume curieusement est plus trivial. Plus charnue. Toute la retenue allemande contre la trivialité française. Le baron de Charlus vs les radios de Mme Chauchat. Hmmmm.

    C’était ma minute je poste un truc sans queue ni tête sur le blog de quelqu’un d’inconnu.

  2. 14 04 2010
    denis (15:44:35) :

    de la queue je sais pas mais de la tête c’est sûr!

    remarques judicieuses et aussi sur le fait que le héros Hans Castorp au sortir du livre passe à l’action, après la rélexion.

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