« Pourquoi certains écrivent-ils? »

5 08 2008

 « Parce qu’ils n’ont pas assez de caractère pour ne pas le faire. »

Et vlan. Voilà de quoi assommer tout écrivain, en herbe ou confirmé. C’est d’ailleurs dans le but de détourner son ami de l’écriture qu’André, personnage troublant du film Les amitiés maléfiques (E. Bourdieu, 2007), cite Karl Kraus. Ce satiriste du début du 20ème siècle avait en horreur les journalistes, profession qu’il définissait comme l’art de « ne pas avoir d’idées et savoir les exprimer ». Cela ne l’a pas empêché d’en être un. 

A l’instar de Karl Kraus, qui rend les journalistes responsables de tous les maux de la société, André s’en prend aux (mauvais) écrivains, qu’il accuse de corrompre la littérature. Ce jeune homme épris d’absolu prend la création littéraire très au sérieux. L’écriture ne se justifie que par une nécessité vitale : si vous pouvez vivre sans écrire, alors vous devez vous en abstenir.

Cette absence de caractère, ou de lucidité, expliquerait pourquoi 60 000 nouveaux titres, dont une large part relèvent davantage de la diarrhée verbale que de la création littéraire, sont publiés chaque année. S’adonner aux épanchements verbeux serait, selon notre critique, une forme de faiblesse, une indulgence coupable qu’il faut combattre. Résister à la tentation de l’écriture, comme on s’abstient de roter en public, ni plus ni moins. A défaut d’avoir du génie, il faut avoir du « caractère » et faire le deuil d’un rêve trop grand.

Voilà une posture aussi extrême qu’intenable. Tout auteur y est néanmoins confronté, chaque fois qu’il est insatisfait de son travail, qu’il juge indigne de sa conception de l’art. « Si c’est pour être médiocre, autant ne rien faire du tout ».

En réalité, André me fait penser à Deslauriers, un personnage de l’Education sentimentale de Flaubert. Jaloux de son ami Frédéric Moreau, il se nourrit de ses échecs. « Il aimait mieux Frédéric dans la médiocrité. De cette manière, il restait son égal, et en communion plus intime avec lui »  (chap. VI). André, dont l’intelligence est éblouissante mais stérile, supporte mal que son ami prenne un risque qu’il a lui-même fui, par manque de courage ou de caractère : celui d’écrire et de se planter.

Je me demande si la médiocrité ne se situe pas plutôt dans  l’échec ou dans la peur de se confronter à ses propres limites, celle qui pousse à déclarer forfait et qui inhibe l’acte créateur. L’auteur devient Sisyphe insatisfait, écrit pour effacer aussitôt. Au vide de la feuille blanche répond alors l’écho de la touche morse « delete », qui rythme le chant intérieur de la renonciation. Résultat ? Néant. 

J’aime à croire qu’il n’existe pas de mauvais écrivain. Une œuvre peut être ratée, inachevée, c’est incontestable. Un style grossier, une histoire bancale ou le mépris du lecteur, sont autant de choses qui vous salopent un texte. Mais l’écriture exige tant d’ardeur et d’abnégation qu’elle ne peut être un acte médiocre. Sans doute l’auteur d’un mauvais roman aura-t-il manqué de relecteur critique, ou bien d’un supplément de courage, que requiert la douloureuse étape de la correction.  Cependant, tout auteur, tout artiste qui parvient à achever son ouvrage mérite, sinon les louanges, du moins le respect. « La critique est aisée mais l’art est difficile » : un roman qu’on tient en mains, même mauvais, demeure supérieur au roman potentiellement génial qu’on projette d’écrire. Toute la question est, dès lors, de convenir d’un moment où l’on peut considérer qu’une oeuvre est achevée. Existe-t-il seulement ?

http://kasia.unblog.fr/2007/06/08/conseils-pour-se-faire-lire-dans-une-maison-dedition/


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6 réponses à “« Pourquoi certains écrivent-ils? »”

  1. 15 08 2008
    Lola (14:38:03) :

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  2. 5 09 2008
    nananath (10:29:19) :

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    A plus

    Dernière publication sur Région : Visite à la Lanterne de l'Hermione : 5 dates · 15 décembre 2017 - 5 Janvier 2018

  3. 8 09 2008
    Kam (12:59:03) :

    « un roman qu’on tient en mains, même mauvais, demeure supérieur au roman potentiellement génial qu’on projette d’écrire. »

  4. 8 09 2008
    Kam (13:04:00) :

    y’a pas la suite du message…. c’est bizarre. Dommage !

    Enfin, en bref : j’adhère… et bravo pour la « procrastination utile !! »

  5. 15 09 2008
    JYves (22:20:37) :

    écrit-on pour « être » [génial/e, bon/ne, respecté/e, beau/elle, reconnu/e, célébré/e, détesté/e ou médiocre] ou pour « dire » [quelque chose, à quelqu'un] ? That is the question.
    Sans doute faut il être pour dire et pas dire pour être, même si au début était le verbe…

  6. 17 10 2008
    Jerome (11:24:32) :

    “Un roman qu’on tient en mains, même si on ne l’apprécie pas, demeure supérieur au roman potentiellement génial qu’on projette d’écrire.” Belle analyse, j’aime bien. Il est réel qu’il y a beaucoup de critiques sur la qualité des livres qui sortent. Vrai aussi que tous ne sont pas du goût de tous, et c’est heureux. L’important est que chacun y trouve son compte. Et trop souvent ceux qui en parlent le plus, n’ont pas publié de livre.

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