XI. Ton job tu aimeras

27 03 2009

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73 % des Français se déclarent heureux dans leur travailSelon Opinion Way, l’institut qui a réalisé le sondage, ils ne seraient que 5 % à vraiment détester leur job.  Ces chiffres m’étonnent car beaucoup de gens autour de moi se plaignent qu’ils s’ennuient et qu’ils sont malheureux dans leur boulot. Effet de génération ou pas, je constate que la plupart des jeunes de mon âge sont critiques, exigeants et impatients. Il apparaît qu’on ne supporte pas l’autorité ni les horaires fixes et le lieu unique, qu’on s’ennuie très vite et qu’on a besoin de donner « un sens » à ce qu’on fait.  Mon travail actuel (je suis en stage) n’est ni désagréable ou fatigant ou difficile, mais je ne me sens pas à ma place. Ma vraie vie est ailleurs et j’ai l’impression de perdre mon temps. Pourtant, j’aime travailler, j’ai fait de longues études, je ne suis pas paresseuse. En fait,je me suis fait arnaquer. Non pas parce que mon stage ne me donne pas pleine satisfaction, mais parce que j’en suis venue à considérer, comme nombre de mes congénères, qu’un job a l’obligation d’être agréable et épanouissant. Qui a bien pu me mettre toutes ces idées en tête ?

Rationnellement, le travail ne devrait pas être évalué selon des catégories subjectives et émotionnelles de plaisir ou d’agrément, au contraire. Le travail (du latin « tripalium », torture, tout de même), est une contrainte par laquelle nous payons notre tribut à la société (sous forme de productivité nette ou de cotisations), et qui nous permet, en théorie, d’assurer notre subsistance, notre autonomie et notre liberté. On pourrait s’arrêter là et arrêter de se poser des questions. En France, 80 000 personnes ont perdu leur emploi le mois dernier, alors c’est déjà pas mal d’en avoir un.

Pourtant, on sent bien que ça ne suffit pas, avoir un travail, n’est pas une fin en soi. C’est terrible de faire quelque chose qui nous ennuie profondément, dont on ne voit ni le sens, ni l’utilité, qui ne nous apprend rien. Combien de gens travaillent dans un domaine qui n’a rien à voir avec leur formation universitaire ? Combien de bac + 5 se coltinent à des tâches répétitives qui sous-exploitent leurs capacités ? Certaines personnes n’ont tout simplement pas le choix, obligées de saisir la première opportunité de boulot qui passe. D’autres restent là par défaut, car ils ne savent pas vraiment ce qu’ils veulent faire de leur vie ni s’ils seraient réellement mieux ailleurs (comme Frank Wheeler, dans Revolutionary Road).

Une solution consisterait à séparer la sphère privée de la sphère professionnelle. Au « tu es ce que tu fais », on peut répliquer : « Non, je ne me réduis pas à ces dix heures par jour que je passe au bureau ou à l’usine, j’ai une vie en dehors du travail, une famille, des passions, des amis ». Mais ce n’est pas vrai. En réalité, quand on rentre chez soi, tard, complètement lessivé, on a à peine le temps de grignoter quelque chose, de s’abrutir une heure devant la télévision et d’aller se coucher. Et le weekend, entre les courses, le ménage et les diverses obligations familiales, il ne reste plus très longtemps pour « vivre sa vraie vie ».

Or, justement, la vie est trop courte pour faire des choses qui nous ennuient et qui nous rendent malheureux la majeure partie du temps. Je veux bien croire que les trois quarts des gens aiment leur travail, cela me réjouit et me rassure. Mais que doivent faire les 25 % restants, qui s’y sentent mal ? Démissionner n’est pas toujours simple, et il faut pouvoir l’assumer. Le mieux, c’est sans doute de se poser les bonnes questions avant de se faire piéger. C’est d’avoir le courage de suivre ses convictions intimes, même si elles nous mènent vers des zones précaires et incertaines. Je ne dis pas ça de manière démago-humaniste, façon « Cercle des poètes disparus », c’est du pur pragmatisme :  quand on fait ce que l’on aime, les contraintes sont moins pénibles à supporter, on est plus productif et on a une meilleure estime de soi.

Si on me demande comment j’envisage l’avenir, mon diplôme en poche,  je répondrai que je veux vivre de l’écriture. Passer ma vie à lire et écrire, partager, publier, échanger, et à pouvoir en vivre, ce serait mon rêve. Mais tout le monde n’a pas d’ambitions artistiques ou littéraires. Il arrive même souvent que notre « dream job » ne fasse pas rêver notre voisin  : ma meilleure amie a quitté le secteur de la banque pour être hôtesse de l’air, un autre copain assure qu’être informaticien est le meilleur job au monde. Quand ce job n’existe pas encore, il reste une solution : le créer soi-même, monter sa boîte et devenir son propre patron. C’est peut-être le meilleur remède à l’insatisfaction chronique.


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