Un pavé dans la mare

2 04 2009

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La critique incendiaire est un mythe. Mettons de côté les pugilats cathodiques d’un Eric Naulleau ou même persiflages acerbes d’un Yann Moix dans le Figaro. Que reste-t-il ? Les chroniques du Magazine littéraire ou du Monde des livres ?  Les avis de lecteurs sur chapitre.com ou amazon.fr, sinon dithyrambiques (« un chef d’oeuvre ! »), du moins indulgents (« à lire ») ? En vérité, la plupart des critiques littéraires n’en sont pas, ce sont juste des avis positifs, éventuellement argumentés (ce qui est rarement le cas des avis négatifs, ou haineux). J’aurais bien aimé, par exemple, trouver autre chose que des éloges admiratifs au sujet du roman Jean-Marie Blas de Roblès,  Là où les tigres sont chez eux. Ca m’aurait évité d’être aussi déçue en le lisant.

Rappelons brièvement l’histoire : il y a quatre trames superposées. Il y a celle d’Eleazard von Wogau (l’un des noms littéraires les plus moches que je connais), un correspondant journaliste qui vit au Brésil et annote un livre sur un savant du XVIIème qui s’est toujours trompé sur tout. Le récit de la vie de cet homme, Athanase Kircher, constitue la seconde trame du livre. Il y a le parcours de la fille d’Eléazard, Moéma, qui se cherche dans la drogue, les expériences sexuelles, et le chamanisme, ainsi que celle de son ex-femme, Elaine, perdue dans la jungle amazonienne en compagnie d’un ancien nazi-dealer de drogue. Ca fait quatre. A cela s’ajoutent encore la vie de Nelson, un estropié  des favelas, celle du gouverneur (malfaiteur) Moreiro, et de sa femme Carlotta, une desperate housewive do Brazil. Sansparler de Loredana, Soledade, Thais, etc.
Je respecte un auteur qui est arrivé à écrire 780 pages d’un roman cohérent, documenté, écrit dans une langue agréable à lire. Il a d’ailleurs été récompensé par plusieurs prix : Médicis, Jean Giono, prix Fnac, etc. Oui, mais. Il y a 3 « oui mais » (le nombre de pages n’en est pas un) :

- Oui, mais il y a trop d’histoires : la multiplication des récits parallèles, sans rapport réel les uns avec les autres, disperse l’attention et dilue l’intérêt du lecteur. Roblès a été trop ambitieux : il a voulu tout mettre dans un seul livre, alors que chacun de ses personnages aurait pu être le héros d’un roman unique. Pourquoi mélanger des thèmes aussi différents que le rapport homme blanc /Indien en Amérique du Sud et la criminalité dans les favelas? Au final, on se désintéresse de l’un comme l’autre et on s’ennuie.

- Oui, mais on n’y croit pas : autre effet corollaire de la dispersion de la narration, on a du mal à s’attacher aux personnages, trop convenus et prévisibles, mis à part la môme Moéma et Nelson. Par ailleurs, le pari du style n’est pas gagné pour le texte principal, censé être la biographie d’Anathase Kircher par son disciple. Disons que pour un texte du 17ème siècle, c’est trop moderne et l’illusion ne trompe personne (trop de rythme ternaire, de focalisation interne, de dialogues). Il ne suffit pas de remplacer tous les « et » par « & » pour faire « d’époque ».

- Oui, mais ça sent le vieux : l’auteur confesse dans un entretien qu’il a mis dix ans à écrire ce livre et encore dix ans pour arriver à le publier. Ce qui signifie que le manuscrit prenait la poussière dans un tiroir depuis 1997. On comprend mieux pourquoi ce roman-fleuve nous semble si déconnecté de la réalité du Brésil moderne, et qui est ici limité à ses indécrottables lieux-communs : misère des favelas, corruption de l’administration, dealers de drogue, Indiens anthropophages dans la forêt et anciens criminels de guerre nazis (imaginez un livre sur le Brésil qui ne mentionne ni l’altermondialisme ni Lula ni Gisele Bunchen) (après réflexion, c’est vrai que Lula n’est pas indispensable).

Conclusion : plutôt que de vous infliger 770 pages de Roblès dont on sort frustré, déçu et arnaqué, plongez-vous dans le dernier Emmanuel Carrère(250 p). Vous gagnerez au change.


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